• Au nord des Philippines, dans une région de montagnes et de rizières en terrasses, vit la tribu Kalinga. Les Kalingas ont trouvé un équilibre dynamique entre le progrès et la tradition, et mènent une vie citadine tout en suivant la loi tribale. Je vis avec eux depuis quelques semaines, et ai eu l'occasion samedi dernier de découvrir le "kabit".

    Le "kabit", c'est un processus de résolution de conflit mis en place par la loi tribale, le "pagta". Les Kalingas ne font appel à la justice du pays qu'en tout dernier recours: quand un conflit surgit entre des membres de sous-tribus différentes, leurs clans se réunissent pour le "kabit", une discussion qui peut prendre plusieurs jours et qui a pour but de trouver une solution acceptable pour tous.

    Ce jour-là, la famille qui m'accueille est directement concernée. Jericho, l'oncle de mon amie, a découvert que sa femme Mary était enceinte d'un de ses collègues. Daniel est lui aussi marié, et vient d'une autre sous-tribu. Jericho est blessé et en colère: s'il n'en tenait qu'à lui, dit-il, sa femme et son amant ne vivraient pas longtemps. Une trentaine de membres des deux sous-tribus se réunissent ce matin chez Jericho pour chercher une solution.

    Quand les échanges commencent, la tension est palpable. Jericho ne souhaite pas participer à la discussion dans la cour, et tourne en rond dans son salon. Une des ses soeurs reste à l'intérieur avec lui pour veiller sur lui. Dehors, tout le monde écoute en silence tandis que l'un après l'autre se lève pour donner son avis ou proposer une idée:

    "Jericho veut divorcer, il est catégorique"

    "Daniel doit être pénalisé, c'est lui qui a planté l'enfant"

    "Nous comprenons le besoin d'une pénalité, mais vous demandons de garder à l'esprit que la situation pourrait être inversée; s'il vous plaît restez raisonnables dans votre requête"

    "Daniel ne peut pas divorcer, sa femme vient de donner naissance à leur cinquième enfant"

    "Laissez moi vous raconter une situation similaire et la solution qui avait été trouvée"

    Mon amie Twinkle prend des notes.

    Pendant ce temps, on s'affaire dans le jardin et la cuisine. Il faut préparer le repas pour tous ces invités, et surtout tuer le cochon. Les repas ont une place majeure dans le "pagta", et offrir un animal à 4 pattes à ses invités est signe de respect, particulièrement en situation de conflit.

    Quand le repas est prêt, les deux parties sont arrivées à un accord: Jericho ne portera pas plainte pour infidélité, permettant ainsi à Mary de conserver son travail au gouvernement (l'infidélité est une faute penale aux Philippines). Il gardera la maison et Mary retournera chez sa mère avec leurs deux filles âgées de 4 et 8 ans. Daniel devra payer des dommages et intérêts à Jericho, et assurera aussi les frais du divorce. Mais dans les faits, les frais et l'amende seront assurés par toute la tribu: d'une part parce que Daniel n'en a pas les moyens, d'autre part pour lui rappeler que ses actions ont un impact sur toute la communaute. L'accord est rédigé et signé par tous les participants.

    Le "Kabit", processus de paix

    Twinkle circule pendant le repas avec l'accord a signer

    L'après-midi est passé à discuter les détails de l'accord et l'avenir plus lointain: que se passe-t-il si Jericho se remarie? Si Mary se remarie? Quel héritage sera transmis à leur deux filles, à leurs prochains enfants?

    A la fin de la journée, l'atmosphère est clairement apaisée. Jericho sourie, joue avec les enfants. Quand je lui demande s'il est satisfait de l'issue de la discussion, il me dit que oui. Il sait que les décideurs veulent le meilleur pour lui mais aussi pour sa femme et ses enfants, et qu'ils ont plus de recul sur la situation. Le processus, au final, aura coûté un cochon et duré une journée, pour une solution où la dignité de chacun est respectée.

    C'est un processus etonnant pour une occidentale, mais il me parait finalement beaucoup plus respectueux qu'un proces. Et vous, qu'en pensez-vous?


    5 commentaires
  • Oh la la, déjà presque un mois depuis mon dernier post! J’écris aujourd’hui pour vous donner quelques nouvelles et essayer de rattraper mon retard :

    1-    Plusieurs d’entre vous ont entendu parler du décès de ma grand-mère paternelle, Marie Helene Haldemann, le 11 septembre dernier. Elle est partie dans son sommeil, paisiblement. Mais ça a été un peu dur pour moi de ne pas pouvoir vivre le deuil avec ma famille. Je suis reconnaissante pour le soutien que j’ai eu ici : Uncle Johnny et Auntie Agnes chez qui je logeais à Kalinga et qui me présentaient partout comme leur « daughter from abroad », ainsi que toute la famille de Twinkle ont organisé une soirée de prière pour Mamie ; et ma famille m’a permis d’assister aux funérailles à travers des textes et des photos. Mais je regrette de n’avoir pas créé l’occasion de lui dire au revoir avant mon départ pour les Philippines.

    2-    Mon temps a Kalinga s’est terminé le 29 septembre, date à laquelle je suis partie pour Manille. Une de mes taches à Kalinga était de collectionner des histoires personnelles de paix et de les rédiger pour les partager (comme par exemple l’histoire du Kabit). Je suis encore en train de mettre mes nombreuses notes au propre, et ça explique aussi mon retard sur le blog (parce que quand je suis fatiguée d’écrire pour mon travail, je n’ai plus très envie d’écrire sur mon blog). Mais j’ai récupéré des histoires extraordinaires que j’ai l’intention de partager avec vous (un jour ou l’autre :))

    Reperes

    3-    A mon retour de Kalinga, j’ai passé une semaine à Manille, où j’ai logé chez Darnell et Christina Barkman, aussi pour continuer d’accomplir ma nouvelle mission de ‘Peace Network Coordinator’. Darnell et Christina viennent d’Abbotsford au Canada et étaient volontaires à PeaceBuilders il y a quelques années. Ils se sont ensuite installes comme missionnaires à Manille, ou ils sont membres d’une petite communauté qui explore différentes façons « d’être église ». C’était une semaine passionnante pour moi, entre discussions théologiques et rencontres des membres de Peace Church dans leurs lieux de vie (que ça soit une petite communauté anarchique ou un quartier pauvre de Manille)

    Breves

    Breves

     (J'ai peu de photos de cette semaine, heureusement que Darnell est adepte de "selfies" que j'ai pu recuperer sur facebook) A gauche: un repas chez les Barkmans avec de gauche a droite Regina, Christina, le petit Cody, moi et Darnell; a droite: Fread (le poing leve) et Taki (tout a droite) nous font visiter Tondo, un quartier de Manille a mauvaise reputation

    4-    Je suis rentrée a Davao hier, et ai enfin rencontre mes nouveaux collègues ! AJ et Jonathan sont deux nouveaux ‘stagiaires’ à PeaceBuilders – et accessoirement mes colocs. Je suis très contente qu’on soit maintenant une petite équipe de ‘volontaires internationaux’ ! J’étais aussi ravie de retrouver tout le monde au bureau, d’échanger les grandes et les petites nouvelles, de jouer avec les enfants du bureau et de passer du temps a Coffee For Peace.

    5-    Je me prépare maintenant à rentrer en France pour 2 semaines de vacances, dont l’évènement majeur sera le mariage de Corentin (mon petit frère) et Rebecca. Je me réjouis énormément de passer ces quelques jours avec ma famille et mes amis. Le départ est prévu dans 2 jours !

    En un mot comme en cent, j’ai vécu un mois assez intense, et j’essaie encore de faire le tri et de trouver pied dans ce flot d’idées et d’émotions. Voilà pour les nouvelles ! Elles expliquent (partiellement) mon silence sur le blog, alors que les projets de messages s’entassent dans ma tête. A bientôt !


    1 commentaire
  • A mon retour de France, ma collègue Nenia m’attendait avec un billet d’avion à la main : nous sommes repartis pour Kalinga quelques jours plus tard, cette fois en équipe. Kalinga, c’est cette province tout au nord des Philippines ou j’avais passe 5 semaines avant de rentrer en France. Et il semblerait que je sois appelée a y retourner de temps en temps. Je répète souvent qu’ils ont une culture passionnante mais finalement je n’en dis pas grand-chose, alors j’ai pensé qu’il était temps de proposer un petit point info !

    Point culture: les valeurs de Kalinga

    Ce post est dur a illustrer alors je vous mets juste des photos de Kalinga au pif

    Kalinga est une province mais c’est aussi le nom de la tribu qui y vit. 48 « sous-tribus » la composent, et chaque sous tribu a une version particulière de leurs lois. Le comportement d’un Kalinga est dirigé par un double code : les valeurs d’un cote, et le bodong de l’autre.

    Les 3 valeurs Kalinga sont paniyaw, ngilin et ba-in.

    Paniyaw dirige la relation au monde spirituel, en établissant une liste d’interdits, d’actes abominables punis par le monde des esprits en plus du monde tangible. Si un crime reste impuni par les autorités en charge, les esprits se chargeront non seulement de punir le malfaiteur mais aussi les anciens qui ne l’ont pas corrigé. Cette liste inclut par exemple :

    - Le vol : il est dit que le vol apporte la honte sur toute la famille du voleur, et qu’il sera condamné a une vie de mauvaises récoltes

    - Le ba-ug, qui est le meurtre d’une personne étrangère au village mais à qui on avait déjà donné à boire ou à manger. Nourrir un étranger, c’est le placer sous notre protection et sous celle du village, c’est pourquoi ce type de meurtre est particulièrement intolérable. Il est généralement puni par la mort des enfants de l’offenseur.

    - Le sug-sug, l’acte d’attiser les braises en cas de conflit entre deux personnes ou deux clans. Si le sug-sug entraine de la violence, le malfaiteur sera victime du sug-sug d’un autre.

    - Le spoiler, l’acte d’acheter ‘Les Cerfs-Volants de Kaboul’ et d’y inscrire le destin de chacun des personnages à leur entrée en scène, puis de vendre le livre en occasion pour pourrir le suspense aux expatriées confiantes. OK j’avoue, celui-ci n’est pas encore officiellement « paniyaw » mais je cherche à qui m’adresser pour le faire ajouter.

    Ngilin règle les questions de la vie en communauté, comme un guide de « bonnes pratiques ». Est ngilin :

    - De ne pas visiter un jeune couple dont la femme est enceinte de son premier enfant. A Kalinga, les portes sont toujours ouvertes et on peut entrer dans n’importe quelle maison pour demander le gite et le couvert. Mais si une jeune femme est enceinte de son premier enfant, la maison est fermée aux visiteurs

    - De ne pas se moquer des animaux ni de les déguiser en humains. Cela ne se fait pas (pour une raison qui m’échappe)

    - Pour un homme, de rester éloigné des points d’eaux habités par les esprits si sa femme vient d’accoucher, pour ne pas causer de maladie a l'enfant

    Enfin, ba-in est une valeur interne, de respect pour soi-même et les autres. C’est un peu l’honneur, la face. Quelqu’un qui est maba-in (littéralement, qui a du ba-in) s’adresse aux autres de façon adéquate (et pas par leur prénom), aide ceux qui sont dans le besoin, ne rivalise pas avec des anciens ou des membres de sa famille pendant les élections, partage les bénédictions de la nature (gibier, poisson, récolte), participe aux célébrations rituelles…

    La ce sont les freres, soeurs et cousins de Twinkle qui dansent sur des instruments traditionnels en bambou

    Le Bodong

    Le deuxième code de conduite, c’est le Bodong. Le Bodong signifie littéralement ‘accord de paix’ et lie 2 sous-tribus. Et oui, ça veut dire qu’avec 48 sous-tribus il y a 1128 bodongs différents ! Mais c’est ça qui reste la loi la plus respectée dans la province. Le Bodong définit les territoires de chaque sous-tribu, les obligations des tribus l’une envers l’autre, les châtiments en cas d’infraction, etc. Dans chaque tribu et pour chaque bodong, il y a un binodngan (ou bodong holder, le tenant de l’accord de paix) qui est en charge de représenter le bodong d’avec telle tribu.

    En cas de conflit, très rares sont ceux qui vont au tribunal : les processus de résolutions des conflits déterminés par le bodong sont simples, les décisions sont prises par consensus avec médiation par les anciens. Elles sont basées sur ce qui semble raisonnable et meilleur pour chacun, et prennent effet immédiatement. Il n’y a ni juge pour trancher, ni police pour faire respecter les décisions par la force. C’est pas mal non ? Ca a un petit goût d’église primitive tout ca...


    1 commentaire
  • J’ai fêté hier mes 1 an aux Philippines! Voilà 12 mois qui ont passé très vite, alors que mon arrivée est encore fraîche dans ma mémoire. Un an c’est le moment de faire le bilan, calmement, en s’remémorant chaque instant… Point sur mon année et ce qu’elle m’a appris.

    Danser et chanter en public

    Je n’ai jamais été très à l’aise à l’idée de me donner en spectacle. Mais aux Philippines, où le karaoké est une activité de choix et où toutes les conférences, réunions ou célébrations traditionnelles se vivent en dansant et chantant, je ne pouvais pas vraiment y échapper. J’ai vite appris que refuser n’était pas une option, et ne servait qu’à attirer encore plus d’attention.

    En fin de compte, « the best way out is through » et le secret c’est de se lâcher comme si on était seul dans sa chambre. Maintenant ça me vient plus naturellement, et j’ai même plaisir à participer à ce genre d’événement, même si je sais que je risque de me retrouver sur scène.

     

    Un an, déjà!

    Au Mindanao Social Business Summit, Raul (au fond) commence a jouer du tambour et tout a coup des gens dansent devant le stand

    Gérer les hauts et les bas (enfin, surtout les bas)

    Loin de ma famille et des amis avec qui j’ai une histoire, ce n’est pas toujours facile d’affronter les baisses de moral ou les moments plus difficiles. Les quelques-uns que j’ai traversés m’ont appris à les vivre plus sereinement. Je sais que ces moments ne durent pas, et que je peux choisir de m’y complaire ou essayer d’orienter mon train de pensées dans une autre direction.

    J’apprends à demander de l’aide (ce qui n’a jamais été facile pour moi) et à reconnaitre mes émotions. J’ai vu un film où un personnage disait « Les émotions c’est comme les enfants : ne les laisse pas conduire la voiture, mais ne les enferme pas dans le coffre non plus » Facile à dire, mais pas toujours facile à faire. J’y travaille, et je grandis.

    les emotions

    L'image vient du nouveau Pixar, Inside Out :)

    Constater les revers de la globalisation

    Aux Philippines, je retrouve certaines marques que je connais depuis longtemps, et qui ont en France une réputation familiale – comme Nestlé. Bien sûr, on sait tous que c’est une boite immense, mais je n’avais pas vraiment conscience de ce qui se passait à l’autre bout de la chaine de production/distribution. Des villages entiers sont réquisitionnés à coups de grandes promesses par Nestlé pour planter du café, ou par Dole pour planter des ananas ou des bananes.

    Une fois que tous les champs du village sont « annexés », les middle men font baisser les prix en montant les cultivateurs les uns contre les autres « Ton voisin me vend ses ananas moins chers » ou « Oui, je donne plus au type de l’autre bout de la rue, mais on a un arrangement ». Sans parler des tonnes de produits chimiques qui sont vaporisés d’office sur tous les champs et qui rendent les enfants malades.

    Bien sûr, j’avais entendu parler de tout ça; mais maintenant que j’ai rencontré certains de ces fermiers j’ai envie de plus me pencher sur ce qui se passe derrière les marques et j’espère que ça me fera consommer différemment à mon retour.

    M’interroger sur la notion d’identité culturelle

    En tant que française, il y a des questions et des doutes sur l’identité qui ne m’ont jamais travaillée. Mais ils sont tres presents aux Philippines: les Philippins vivaient en tribus et en villages avant l’arrivée des Espagnols en 1521, et ce sont ces derniers qui ont créé – artificiellement - le pays « Philippines », accolant de là à de là des centaines de groupes ethnoculturels différents.

    Les Philippins s’interrogent sans cesse sur ce qui fait leur identité philippine : on le sent dans le grand nombre de phrases où ils disent « philippin », dans l’hymne national qu’ils chantent tout le temps, dans la façon dont ils expliquent leur comportement et leurs traditions. Parfois j’ai l’impression que c’est à eux-mêmes qu’ils s’expliquent et se racontent, que c’est eux-mêmes qu’ils essaient de convaincre. Ici on me demande : « Comment tu vis le fait d’être française ? Est-ce que les Français sont fiers d’être français ? »

    Je ne peux pas parler pour la population entière, mais j’ai l’impression que si nous avons une opinion sur le fait d’être français elle est plutôt négative. En France, rien ne va, le système est pourri, les (autres) Français sont stupides… Mais est-ce que ce n’est pas justement parce que nous sommes surs de notre identité que nous pouvons la déprécier ? En tous cas, des chansons comme « Hexagone » de Renaud (Et le roi des cons sur son trône, il est Français ca j’en suis sûûûr) ne marcheraient jamais - mais alors jamais - aux Philippines…

    Comprendre le temps autrement

    J’en avais déjà un peu parle dans « ça passe/ça passe pas », mais aux Philippines la notion de temps est très différente. Elle ne s’explique pas vraiment avec une montre mais on peut l’illustrer ainsi :

    Monsieur Bleu et Monsieur Vert ont rendez-vous à 15h. Mais un vieil ami toque à la porte de Monsieur Vert à 14h et ils commencent à discuter.

    En France, Monsieur Vert finirait par mettre son ami a la porte en disant « Désolé, j’ai un rendez-vous important, je ne t’attendais pas, on se rappelle ? ». C’est le temps chronologique qui est important, il faut être au rendez-vous à 15h comme prévu parce qu’arriver en retard est un manque de respect.

    Aux Philippines, Monsieur Vert et son ami vont discuter jusqu’à ce que la conversation arrive à son terme. Monsieur Vert partira à son rendez-vous quand ce sera le moment et pas avant, ce serait un grave manque de respect envers son ami d’interrompre leur rencontre. C’est le moment qui est important.

    Au passage, « c’est le moment » dirige aussi les décisions à PeaceBuilders. Ça faisait 7 mois que je demandais à Kuya Dann d’aller visiter la région musulmane de Mindanao, c’était un peu l’origine de la mission et je trouvais qu’il était temps. Mais nous y sommes allés pour la première fois il y a deux semaines ! Jusqu’ici, « ce n’était pas le moment ».

    « Le moment », il se signale par des petits indices : la voiture est réparée, on m’a invité un prendre un café, ma réunion s’est annulée… Parfois ca m’agace, je me dis que si on prenait en main notre emploi du temps on serait plus efficace, et la notion de « moment » me semble assez subjective et fugace. Mais je dois aussi avouer que quand « c’est le moment », c’est vrai que tout s’emboite de façon étonnante!


    2 commentaires
  • Pour mon plus grand plaisir, Gregoire et Perrine sont a Davao depuis samedi dernier. Je les accueille dans ma maison, dans ma vie ici, et pourquoi pas, allez hop sur mon blog!

    Jeudi 27 nov : le voyage

     Jeudi 27, Perrine et moi quittons Strasbourg pour des contrées ingrates et désertiques. Ce passage désagréable ne dure pas : la Lorraine est traversée en quelques heures. Un dernier thé chez les parents Haldemann, et nous voici dans l’avion de 21h15 pour Dubaï. Un vol sans histoire, nous atterrissons pour une escale de 12h dans le pays du luxe à l’excès. Nous repartons le soir pour un autre vol de nuit, atterrissons à Manille à 7h heure locale, et minuit pour nos paupières. Après un peu de suspens, notre vol est enfin annonce. Dernier voyage jusqu’à Davao, où nous attendent Salomé et Byron (le fils de Dann et Joji et manager de la filière café), qui ont eu la persévérance de nous attendre malgré le retard de notre vol.

    L’après-midi est un peu floue… Nous partageons un repas à Coffee For Peace en compagnie de Daniel et Joji Pantoja. La conversation est joviale, nous parlerons des choses sérieuses un autre jour. Il ne fait pas aussi chaud que ce que nous redoutions, mais la clim’ est quand même agréable. Nous prenons nos quartiers chez Salomé, déballons tous les cadeaux transmis par les amis et la famille, et fermons nos yeux dans un lit autrement plus confortable que les sièges d’avions.

    Dimanche 30 nov : On bulle!

    Dimanche 30 novembre, c’est LA journée qui nous permet d’atterrir. Avant de continuer, je voudrais préciser que les Philippines ne ressemblent à aucun autre pays que j’ai pu visiter. On retrouve certains éléments connus d’ailleurs : la moto est très utilisée pour se déplacer, les tricycles (variante locale du tuk-tuk) également. Des mini-échoppes sont alignées le long des routes. A cote de cela, il y a des cinémas, des centres commerciaux, des restaurants bio -et aussi des mini-échoppes bio- et des centres de vacances en bord de mer. Bref, on tombe sur des infrastructures « de luxe » utilisées par les philippins, je n’y ai croisé aucun occidental. J’en arrive à notre dimanche : avec d’autres volontaires et humanitaires nous passons la journée à la mer. Les fonds marins sont magnifiques, les fruits sont délicieux, les paysages sont ceux d’une ile paradisiaque. Juste une exception sur les fruits délicieux : il y en a un qui sent le pneu brulé au diesel et qui fait la fierté des philippins. Le durian. Un de ces quatre il faudra bien y gouter mais pour l’instant on profite des mangues, ananas, noix de coco et autres bananes.

    En discutant avec les volontaires je découvre que la problématique de la paix aux Philippines préoccupe plusieurs pays : ils viennent d’Allemagne, du Canada, des Etats-Unis. Au premier abord, cela me semble étrange, mais après tout ce n’est pas plus logique d’y envoyer une française.

    Special guests! Journal de bord de Greg et Perrine

    Initiation a la plongee!

    Lundi 1er décembre : Visite du bureau

    Nous arrivons dans les bureaux de PBCI : PeaceBuilders Community Incorporated. En fait, c’est aussi le lieu de tri et préparation du café. Nous y rencontrons effectivement une communauté, du genre de celles qui s’ouvrent aux autres et qui essaiment. Les repas sont pris ensemble, et chacun est à sa tâche. Réceptionner, trier, torréfier, réparer les fours (dit comme ça, ça ressemble à une usine à gaz mais la plupart des étapes est faite à la main dans les jardins du bureau Y COMPRIS LE TRI DES GRAINS[1]) organiser les formations de réconciliation, faire des recherches pour comprendre le cœur d’une problématique entre telle tribu et le gouvernement, publier un article sur la manière anabaptiste de gérer les conflits, répondre aux commandes de café… Tout cela a l’air très intriqué, c’est normal c’est le cas !

    L’après-midi, Kuya Dann (littéralement grand frère Dann) nous donne un aperçu de la théologie et de ses applications pour PeaceBuilders. Au début, ils travaillaient particulièrement avec les musulmans[2]. Ils ont ensuite été appelés a travailler avec les chrétiens pour qu’eux aussi désirent la paix et travaillent pour la paix. J’ai été frappé par le respect et l’amour que les PeaceBuilders ont pour les musulmans. Déstabilisé, même. Ils prêchent la paix, vont à la rencontre de leurs besoins (par exemple quand les populations fuient les combats). Ils veulent témoigner de l’amour du Christ aux musulmans, mais sans forcément chercher à les « convertir ». Ils ont ainsi gagné leur confiance et leur estime, ce qui a permis de guérir les relations entre le « CNEF » philippin et les musulmans. Cela a ensuite participé à l’établissement d’accords de paix historiques.  Kuya Dann raconte qu’il lui a fallu 6 mois pour gagner la confiance d’une famille (qui le considère maintenant comme un fils), 2 ans pour avoir celle des autres musulmans et 3 ans pour convaincre les chrétiens que sa foi n’était pas compromise.

    C’est une grande leçon d’humilité, qui nous invite à changer notre manière de penser l’évangélisation. La paix, c’est l’évangile, comme disent les mennos. Et elle est poursuivie avec la même ardeur et la même discipline que ceux qui veulent la guerre.

    Jeudi 4 décembre : Alerte Typhon

    Il y a une alerte jaune depuis hier. Les probabilités augmentent qu’un typhon de force 4 touche les Visayas, au centre des Philippines (rassurez-vous, nous nous trouvons a environ 500 km de là). (Pour mémoire, le typhon Hayan de l’an dernier était de force 5, dernier barreau de l’échelle Saffir-Simpson) La force du typhon est une estimation, il peut prendre de la vitesse comme il peut en perdre. Les dernières nouvelles évoquent des vents soufflant en moyenne à 175km/h avec des pointes à 210. On est loin des pointes à 350km/h de Hayan, mais tout le monde est sur le qui-vive. Il devrait arriver ce week-end, et tous se préparent : aux Visayas, des consignes sont données aux responsables des écoles : accrocher les toits à la corde, condamner les fenêtres, couper les branches des arbres près des habitations. Des files se forment devant les magasins et les stations-service.

    Du cote de PBCI, on se prépare également : tous les scenarios ont été évoqués en fonction de l’évolution du typhon ; deux équipes s’organisent dans l’éventualité d’une catastrophe : l’une sera dédiée a la logistique et restera a Davao, l’autre ira directement sur place, pour venir en aide aux populations touchées.

    En attendant, on se prépare aussi a une soirée mannele :) . Je ne relate ici que la partie « PBCI » de notre voyage, mais nous profitons vraiment de la ville, des films avec les expats, des parcs naturels et des spécialités culinaires du pays.

    A bientôt pour la suite !

    Grégoire (relu et corrigé par Perrine)

     

     

     

     



    [1] Une petite pensée pour Jelsyn qui doit trier 1,7 tonnes de café d’ici janvier

    [2] Des groupes séparatistes musulmans se battent depuis des années contre le gouvernement pour l’autonomie de leur territoire. Ce conflit est souvent perçu comme un conflit entre les musulmans et chrétiens. PeaceBuilders est né pour reconstruire des relations entre les antagonistes.


    4 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique